Dans la série photographique Buried Sunshines Burn, Charrière plonge dans les résidus d'asphalte et de bitume qui suintent de l'industrialisation, explorant les histoires brutes de l'extraction pétrolière. Pour ces œuvres, il utilise l'héliographie, l'une des plus anciennes techniques du médium, développée en 1822 par l'inventeur français Nicéphore Niépce. Elle nécessite la fabrication d'une émulsion, pour laquelle Charrière a recueilli du goudron naturel provenant des fosses de La Brea, McKittrick et Carpinteria Tar Pits, des formations géologiques situées autour de Los Angeles.
D'un point de vue aérien, la série passe en revue les champs de pétrole californiens, où la découverte souterraine de pétrole à la fin du 19e siècle a transformé le vaste bassin désolé de Los Angeles en une mégapole tentaculaire. Les vues aériennes des champs pétroliers révèlent des rivières sinueuses d'hydrocarbures, qui semblent coaguler juste sous la surface de notre réalité. Enroulés sous notre monde, leurs motifs psychédéliques reflètent la progression des véritables marées noires, où le sang vital d'anciens biomes se déverse, irisé et poisseux. Ces formes toxiques mais séduisantes font également allusion à la contre-culture californienne, historiquement envoûtée par la pensée utopique, les drogues psychotropes et la liberté spirituelle.
La série cherche à capturer le délire de l'industrie pétrolière et la matière noire qui, lorsqu'elle est pompée du sol, agit comme un accélérateur presque hallucinatoire pour la technologie. En même temps, elle se présente comme une mise en abyme conceptuelle, un miroir qui nous reflète nous-mêmes, étant à la fois une vue du flux d'hydrocarbures et une vue à partir de ce flux, ad- dressant leur impact sur nos pouvoirs modernes de visualisation à travers un retour aux sources matérielles.